Conseil d’épargne #43

Que faire de vos liquidités ?

L’argent qui sommeille sur des comptes courants ou sur des livrets bancaires est abondant. Avec une inflation à la hausse, vous y laissez forcément des plumes. Quelques dispositions assez simples vous permettront de mieux faire fructifier votre épargne.


Conseils d'épargne - Altaprofits

430 milliards d’euros dormants

La somme est colossale. Quelque 429,2 milliards d’euros languissent sur les comptes courants bancaires des Français, selon le dernier tableau de bord de l’épargne et du patrimoine des ménages de la Banque de France. Un chiffre arrêté au 30 juin dernier, en hausse de 25 milliards par rapport à fin 2016.

Les Français seraient-ils fâchés avec la gestion de leurs liquidités ? Les élections présidentielles et législatives ont certainement alimenté leur attentisme. Leur prudence aussi tant le poids de l’épargne sécurisée est lourd en France. Un bref panorama des encours des différents placements sécurisés (voir ci-dessous) confirme, outre le poids majeur de l’assurance vie en euros, la quasi-égalité entre les liquidités dormantes (comptes courants et numéraire) versus les livrets d’épargne et comptes épargne logement (CEL).

 

Le stock d’épargne sécurisée des ménages : 3 055 milliards d’euros

  Numéraire Comptes courants Livrets d’épargne et CEL Comptes à terme PEL, PEP Assurance vie en euros
Encours (1er trim. 2017) 72,2 mds 429,2 mds 606,1 mds 67,4 mds

281,1 mds

1598,5 mds

Source : Banque de France (Epargne et Patrimoine des ménages)
Numéraire : argent liquide. CEL : compte épargne logement. PEL : plan d’épargne logement. PEP : plan d’épargne populaire.

 

Moins de 1% de rémunération…

Que rapporte cette masse de liquidités ? Sachez-le, quasiment rien. La Banque de France a publié début novembre le taux moyen de rémunération des dépôts en France, incluant les livrets d’épargne, compte à terme, etc.

Il ressort à seulement 0,69% brut, c’est-à-dire avant impact de la fiscalité. Autant dire que le rendement net de fiscalité des dépôts est quasi-nul. Du reste, une approche détaillée montre combien les placements bancaires sont aujourd’hui peu rémunérateurs (voir ci-dessous). Vous avez dit gâchis ?

 

Ce que rapportent les dépôts bancaires

  Comptes courants Comptes à terme (moins de 2 ans) Comptes à terme (plus de 2 ans) Livrets réglementés Livrets ordinaires PEL

Taux moyen de rémunération brut

0,03%

1,01% 1,83%

0,79%

0,29%

2,71%(1)

Source : Banque de France. (1) Attention, ce taux élevé englobe différentes générations de PEL. Le taux pour les PEL ouverts aujourd’hui est de 1%.

 

… face à 1% d’inflation !

Plus dommageable, la faible rémunération des liquidités fait face à une inflation qui pointe à la hausse. Sur un an glissant (sept. 2016 à 2017), la hausse des prix en France est de 1%.

Calculons : 1% d’inflation sur 430 milliards non rémunérés sur les comptes courants, c’est 4,3 milliards d’euros de perte réelle ! Même le livret A avec son taux de 0,75% affiche un rendement réel négatif de 0,25%.

Qui le dit ? Sûrement pas votre banquier. Problème, les prix à la consommation devraient poursuivre leur progression, malgré quelques baisses ponctuelles certains mois. C’est en tout cas le souhait de la Banque centrale européenne, qui estime qu’une inflation légèrement inférieure à 2% sur un an est un signe de bonne santé de l’économie. Au niveau européen, le taux d’inflation était de 1,5% en septembre.

 

Du bon usage des livrets

Dans ce contexte, comment faire bon usage de ses liquidités ? Avant de penser « rendement », le point clé est d’en définir le juste dosage. L’expérience montre qu’il est sage de conserver un volant de liquidités équivalent à 3 voire 4 mois de salaire/revenus du travail/pension de retraite (selon les cas). De quoi faire face aux imprévus de la vie… sans attendre.

C’est le deuxième élément clé, vos liquidités doivent être disponibles très rapidement. Vos comptes courants vous donnent cette garantie. Mais les livrets réglementés et bancaires, tout autant. Il est alors plus efficient d’y placer vos liquidités, sans excès. Le livret A et son acolyte le livret de développement durable et solidaire (LDDS) sont le pilier de cette stratégie, malgré un taux de rendement actuellement famélique à 0,75% net, qui le restera de manière certaine jusqu’au 1er février et très probablement six mois de plus selon les engagements pris par le gouvernement cet été.

 

Ces placements qu’il faut éviter

Le livret A est plafonné à 22 950 euros de versements, ce qui est déjà conséquent. Et le livret de développement durable et solidaire à 12 000 euros.

S’il vous est nécessaire d’épargner davantage de liquidités, que faire ? La plupart des livrets bancaires sont à éviter tant leur rémunération est pâlotte, autour de 0,30% brut de fiscalité. Autant dire un rendement nul une fois l’impôt payé. Et un rendement réel négatif compte tenu de l’inflation à 1%. Toutefois, il peut s’avérer astucieux de faire la chasse aux offres promotionnelles de certaines banques, qui donnent des taux de 1 à 3% brut sur quelques mois. Attention, les conditions sont souvent contraignantes.

Autre placement à éviter : le PEL (plan d’épargne logement). Son rendement actuel est décevant, à 1% sans la prime d’Etat. Surtout, la réforme fiscale en cours de vote le soumettra au prélèvement unique de 30% dès 2018, quelle que soit sa durée de détention contre une exonération jusqu’au douzième anniversaire du plan aujourd’hui. A éviter, donc sauf cas particulier de projet immobilier à moyen terme.

 

L’assurance vie, alternative indispensable

Résultat, les solutions sont limitées pour accueillir vos surplus de liquidités. Il est plus que jamais nécessaire de sortir du cadre des placements strictement bancaires.

Objectivement, un seul placement permet aujourd’hui de mener de front plusieurs objectifs, il s’agit de l’assurance vie. Un bon tiers des Français l’a bien compris, puisqu’ils continuent d’y placer des sommes considérables (97,3 milliards d’euros sur les 9 premiers mois de l’année tous supports financiers confondus). En son sein, le fonds en euros avec sa garantie en capital permet de sécuriser son épargne en toute confiance. Ce qui en fait un complément indispensable aux livrets d’épargne pour placer ses liquidités. Il faudra toutefois compter sur des délais de traitement plus longs pour les demandes de retrait que sur les livrets bancaires.

Mais l’écart se réduit : certains assureurs à la pointe du service virent désormais sur votre compte vos retraits en quelques jours seulement.

Voir les différentes offres

 

Evitez les contrats médiocres !

Problème, l’assurance vie est un marché protéiforme. Nul rendement identique comme sur le livret A, chaque contrat affichant des taux différents.

Comment s’y retrouver ? Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), le gendarme du secteur financier, les fonds en euros ont rapporté 1,93% net (hors taxes sociales) en 2016. C’est votre repère. Sachez que ce taux devrait baisser d’environ 30 centimes en 2017. Retranchez-y les prélèvements sociaux (15,50% sans doute portés à 17,20% applicables sur le taux 2017), et vous obtenez peu ou prou un rendement de 1%. Soit un taux réel quasi-nul en tenant compte de l’inflation. Mais cette moyenne est un trompe l’œil, masquant des rendements allant en réalité de 0,50% à environ 3%.

C’est pourquoi, sans tarder, il faut mettre le cap sur des contrats affichant un rapport qualité/prix reconnu, comme vous le feriez pour un achat de consommation important. Et par ricochet fuir les contrats médiocres. En assurance vie, le rapport qualité/prix se mesure avec quelques critères facilement mis à nu : le rendement du fonds en euros sur la durée, l’offre financière complémentaire proposée, le niveau des frais, la pertinence et réalité des services pratiques, la solidité de l’assureur.

 

Un préalable, vos projets

Vous l’avez compris, vos liquidités peuvent être gérées plus efficacement de manière assez simple : le minimum sur vos comptes courants, une réserve mesurée sur vos livrets, le complément sur vos assurances vie.Notez que la réforme fiscale en cours de vote au Parlement, instaurant un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur tous les revenus du capital, à quelques exceptions (livrets réglementés, PEA, assurance vie sous certaines conditions), ne modifie pas la donne.

Bref, il est plus que temps de réagir. Avec un préalable toutefois : la gestion de vos finances personnelles ne saurait s’abstenir d’un état des lieux de vos projets. Ce sont eux qui guident l’orientation de votre patrimoine. Sans oublier votre tempérament. Commencez par y voir clair sur votre profil d’épargnant avant tout décision d’investissement. Partant de là, il sera sans doute intéressant de prendre un peu plus de risques avec vos liquidités en excès. Des solutions adéquates existent, notamment au sein de l’assurance vie. Certains contrats vous donnent accès à des fonds financiers de qualité avec la possibilité de modifier vos choix en cours de route, ou à des gestions pilotées (dites aussi sous mandat), dans lesquelles vous confiez les clés de votre épargne à des pros.

Finalement, une fois votre volant de sécurité défini, placé à bons escient entre les livrets réglementés et le fonds en euros de votre(vos) assurance(s) vie, seule une diversification vers des fonds « risqués » vous permettra de dégager plus de performance.

Je m'inscris