Arbitre de foot
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Interview : perspectives de fin d'année

Thomas Brenier, Julien-Pierre Nouen et Éléonore Bunel

Malgré le choc de la crise énergétique, la croissance est-elle toujours au rendez-vous ?

Julien-Pierre Nouen, Directeur des études économiques et de la gestion diversifiée : Oui, la croissance s’avère d’ailleurs plus résiliente que prévu. Elle se maintient autour de 2 % aux Etats-Unis et de 1,4 % en Europe, malgré la hausse des prix de l’énergie. À Taïwan, la croissance sur un an a même atteint les 15 %, un chiffre hors norme tiré par les profits exceptionnels des acteurs de la tech liés au boom de l’intelligence artificielle. Celui-ci bénéficie aussi à la Corée du Sud. En Chine, la croissance reste située entre 4 et 5 % malgré des difficultés notables, et le Japon affichait une croissance sur un an de 1,1 % à mi-année.

Vous évoquiez l’impact de l’IA sur la croissance de certaines zones : ce nouveau moteur vous semble-t-il durable ?

Julien-Pierre Nouen : Le supercycle d’investissement associé à l’IA reste exceptionnel et va logiquement se normaliser. Plus généralement, je dirais que la forte contribution de l’IA à la croissance constitue à la fois une force et une fragilité. Aux Etats-Unis, les investissements très élevés des « hyperscalers » ont tiré la croissance, mais pèsent sur la capacité de ces géants de la tech à dégager des liquidités immédiates (free cash flows). Désormais, ces sociétés s’endettent pour maintenir leur place dans la course à l’innovation, alors même que la question de la monétisation de l’IA reste présente. À cela s’ajoutent les débats croissants vis-à-vis de la régulation de l’intelligence artificielle et la dégradation de la perception de l’IA, notamment auprès des jeunes.

Peut-on dire que l’économie mondiale dépend excessivement de l’IA ?

Julien-Pierre Nouen : Non, et c’est précisément l’un des éléments rassurants de cette fin d’année. Tout ne repose pas sur la dynamique de l’IA. Aux États-Unis, la consommation des ménages reste particulièrement solide. En Europe, les sources d’optimisme ne manquent pas. L’Espagne reste dynamique, le marché du travail continue de s’améliorer dans plusieurs pays du Sud et l’Allemagne redevient l’un des moteurs du continent. Son plan de relance commence à être mis en œuvre et l’investissement repart. La zone euro n’est évidemment pas à l’abri des incertitudes, notamment en France, mais la dynamique reste positive.

Quid de l’inflation, qui reste un important sujet de préoccupation ?

Julien-Pierre Nouen : La hausse des hydrocarbures a fait remonter l’inflation globale, mais la situation reste très différente de celle qui prévalait en 2021-2022. En zone euro, nous observons peu de signes d’une transmission durable du choc énergétique aux salaires et aux autres prix. À ce stade, les anticipations de marché vis-à-vis des hausses de taux à venir des banques centrales nous semblent excessives au regard du caractère probablement transitoire du choc énergétique. Dans un scénario de normalisation des prix du pétrole et du gaz, les banques centrales pourraient mettre un terme bien plus tôt que prévu à leur cycle de remontée des taux.

Dans ce contexte, comment abordez-vous les marchés actions ?

Julien-Pierre Nouen : En matière d’allocation, nous avons une préférence pour les actions européennes en raison de la bonne orientation des fondamentaux. En revanche, nous sommes marginalement prudents sur les actions américaines dont les valorisations sont encore élevées, avec une forte dépendance du marché au secteur de la tech et au thème de l’IA. Nous apprécions les actions émergentes, qui connaissent à la fois une très bonne dynamique et des valorisations encore très raisonnables. Nous surpondérons également le Japon et les petites capitalisations. Plus généralement, nous considérons les phases de faiblesse technique comme des occasions de nous renforcer de manière sélective.

Quels sont exactement les éléments qui vous rendent confiants sur les actions européennes ?

Thomas Brenier, Directeur de la gestion actions : Le point-clé est que les entreprises européennes renouent désormais avec la croissance des profits après plusieurs années atones. Fin août 2026, les attentes de bénéfices par action étaient ainsi en hausse de +18 % depuis avril 2025. Les fondamentaux microéconomiques sont donc très favorables.

Cette dynamique reflète un virage stratégique majeur de l'Europe, qui s'éloigne de la protection du consommateur pour s'inscrire en faveur des entreprises et de l'investissement. Cela passe par un assouplissement de la rigueur antitrust, un protectionnisme assumé face à la Chine et une politique industrielle plus offensive. Tout ceci s'accompagne d'un choc d'investissement inédit de plusieurs centaines de milliards d'euros en Allemagne et dans la défense européenne. Le rattrapage des actions européennes a commencé, mais leur décote par rapport au marché américain reste proche de 25 %, ce qui leur permet de conserver selon nous un potentiel d’appréciation intéressant.

Et du côté des obligations, la hausse récente des taux crée-t-elle à nouveau des opportunités ?

Éléonore Bunel, Directrice de la gestion obligataire : Oui, absolument. Nous identifions aujourd’hui des opportunités sur la plupart des segments du marché obligataire. Nous apprécions de longue date les titres High Yield et les dettes subordonnées financières AT1, dont les rendements à maturité se situent aujourd’hui entre 5,5 % et 6,5 %. Le crédit Investment Grade, c’est-à-dire les obligations émises par les entreprises les mieux notées, offre des rendements supérieurs à 4 % par an, ce qui nous semble très solide puisque ce chiffre est très supérieur au monétaire et surtout supérieur à l’inflation.

Même le segment souverain présente aujourd’hui des rendements assez exceptionnels, souvent supérieurs à 4 % et parfois 5 % sur les échéances longues, avec un risque de défaut quasi-nul. Bien sûr, cela ne signifie pas que tous les risques ont disparu. Les déficits publics et les échéances électorales restent des éléments à prendre en compte.


Ce qu'il faut savoir avant d'investir :

Les opinions exprimées sont datées de septembre 2026 et susceptibles d’évoluer. Elles sont fournies à titre d’information et ne constituent pas un conseil en investissement.

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