25 mars 2026
25 mars 2026
Le conflit au Moyen-Orient nous rappelle, une fois de plus, à quel point les tensions géopolitiques peuvent perturber l'équilibre économique mondial. Dans ces moments-là, une règle d’or que l'histoire des marchés financiers ne se lasse jamais de répéter se rappelle au bon souvenir des investisseurs : l'incertitude n'est pas une anomalie. C'est la norme.
Sur le long terme, les investisseurs ont tendance à considérer que les chocs majeurs ne se répètent pas. Or, il suffit de se pencher sur l’actualité de ces dernières semaines pour constater la vitesse avec laquelle les perceptions du risque évoluent. Les marchés réagissent immédiatement : l'énergie revient au centre du débat, les primes de risque s'ajustent et les investisseurs revoient leurs scénarios macroéconomiques.
En réalité, regarder en arrière est souvent l'un des outils les plus utiles pour comprendre le présent. Les 25 dernières années ont été marquées par des crises financières, des chocs géopolitiques et des changements structurels qui ont questionné pratiquement toutes les convictions du marché.
La réalité est que les crises ne se déroulent jamais exactement de la même manière, mais elles se font écho. Et comprendre les similitudes entre deux évènements de marché peut faire toute la différence entre réagir aux événements et s'y préparer.
Par exemple, si l'enthousiasme actuel autour de l'IA alimente les suspicions de bulle, quelles leçons peut-on tirer de l'explosion de la bulle internet de 1999/2000 – notamment en termes de rentabilité des tombereaux d’investissement injectés dans ce secteur ?
Pour illustrer, je citerai Aziz Hamzaogullari, Fondateur et CIO de l'équipe Growth Equity Strategies chez Loomis Sayles. Pour lui : « L’IA constitue la plus grande rupture technologique depuis l’avènement de l’informatique combinée à Internet il y a plusieurs décennies. À l’instar de ce changement et de cette rupture structurelle, nous pensons que le principal apport de l’IA résidera dans le gain de productivité que nous devrions observer dans l’ensemble des secteurs et des entreprises. Il est toutefois important de noter que, tout comme pour la rupture provoquée par l’informatique combinée à Internet, même si cette augmentation de la productivité profitera à de nombreux acteurs, les gagnants directs, c’est-à-dire les entreprises qui vendent directement dans la chaîne de valeur, seront très peu nombreux en raison des barrières à l’entrée très élevées. »
Autre point de vue, celui de Jens Peers, CIO chez Mirova US : « Certains noms exposés à l'IA se négocient avec des attentes très élevées, ou anticipent un scénario très optimiste. Parallèlement, même si le secteur n'est pas bon marché, il existe des entreprises, spécifiquement liées à l'infrastructure, qui se négocient encore à des valorisations acceptables. »
Aziz et Jens comprennent l’inquiétude de leurs clients relative à la concentration des marchés actions américains autour de quelques valeurs technologiques. Aziz souligne que s'il est « indéniable que nous avons une concentration significative sur le marché aujourd'hui », ce n'est pas la première fois que les médias inventent un acronyme accrocheur pour tenter de comprendre.
Pour lui : « Qu’il s’agisse des Magnificent 7(1), des FAANG(2), des MAMAA(3), des quatre cavaliers(4) ou du Nifty 50(5), il est important de noter que la clé du succès réside dans le fait de ne pas se laisser aveugler par l’acronyme et de ne pas penser que toutes les entreprises qu’il englobe sont identiques. Vous devez toujours traiter chacune d’entre elles selon ses propres mérites et comprendre les différences au sein de ces groupes. Nous choisirons d’investir uniquement dans les entreprises qui répondent à nos critères de qualité, de croissance et de valorisation. »
Pour Jens, il existe des risques évidents liés au fait que les Etats-Unis représentent plus des deux tiers de la capitalisation boursière totale des actions mondiales, et qu'un thème unique comme l'IA concentre environ 40 % de leurs rendements totaux. Ainsi : « Étant donné que l'IA et ces entreprises représentent un poids important dans les performances du marché, il n'en faut pas beaucoup pour faire plonger le marché. Mais il faut reconnaitre que le marché ne peut se réduire à l'IA et qu'il existe aussi des opportunités. »
Troisième point de vue complémentaire, David Rolley, gérant obligataire chez Loomis Sayles, remonte le temps encore davantage jusqu'à la fin du siècle dernier, marqué par la lutte contre l’inflation dans les années 80 aux Etats-Unis et l'émergence de la Chine comme puissance mondiale vers 2000.
L'ordre monétaire d'après-guerre s’est lentement démantelé dans les années 70. Le système de Bretton Woods s'est effondré, les États-Unis ont mené la guerre du Vietnam sans augmenter les impôts, et une inflation à deux chiffres a suivi. « Les USA ont connu une baisse du dollar pendant neuf ans avec une inflation atteignant environ 13 % », se souvient David. « Puis est arrivé le régime du 'quoi qu'il en coûte' de Paul Volcker : des bons du Trésor à court terme de 20 %, des rendements obligataires à deux chiffres et une récession brutale… Cela a créé la domination du dollar et des marchés haussiers spectaculaires dans les obligations et les actions américaines. »
Ainsi, les changements de politique – lorsqu'ils sont suffisamment importants – peuvent profondément transformer les classes d'actifs et les paradigmes d’investissement.
Quant à l'émergence de la Chine comme superpuissance économique, David estime que la clé n'était pas de prêter à la Chine mais de prêter aux pays et aux entreprises qui lui fourniraient des matières premières : le minerai de fer du Brésil, le cuivre du Pérou, le pétrole du monde entier.
David fait la distinction entre le « risque valorisé par le marché » et le « risque réel ». Il se souvient d'un mineur de fer brésilien empruntant à des taux de 10 à 12 % en dollars américains sur 10 ans. « Le marché a jugé cela très risqué. Mais les mines avaient des réserves pour 200 ans. Si l'on dépassait ses appréhensions et que l'on faisait ses propres recherches, le risque réel pouvait être bien moindre que celui perçu. »
En d'autres termes : écoutez le bruit, mais ne le confondez pas avec le signal.
(1) Les 7 magnifiques : Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet (Google), Meta (Facebook), Nvidia et Tesla
(2) FAANG : Facebook (désormais Meta), Amazon, Apple, Netflix et Alphabet (anciennement Google)
(3) MAMAA : Meta, Alphabet, Microsoft, Amazon, Apple
(4) Quatre cavaliers : Kerviel, Lehman Brothers, Paulson, Madoff
(5) Nifty 50 : Nifty Fifty désignent un groupe d’environ 50 grandes actions américaines de croissance, très prisées dans les années 1960-1970
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Rédigé le 10 mars 2026
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