30 avril 2026
Les marchés à l'épreuve des crises
Bulle internet, subprimes, Covid, guerre en Ukraine… Depuis le début du siècle, les crises se suivent sans pour autant se ressembler. Et leur impact sur les marchés semble à chaque fois diminuer ou se dissiper plus rapidement.
SOMMAIRE
Depuis fin février, la vie des marchés est passablement chahutée par la guerre au Moyen-Orient. L'oblitération du Détroit d'Ormuz par lequel transite 20 % du pétrole mondial pèse de tout son poids sur les perspectives économiques planétaires. Hausse des cours du pétrole et baisse des actions résument à elles seules les risques en présence : regain d'inflation et, à sa suite, ralentissement de la croissance. Une crise qui, par sa nature et ses conséquences énergétiques, n'est pas sans rappeler celle déclenchée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie, il y a quatre ans. Le conflit, toujours en cours, n'a pourtant pas empêché les indices actions d'effacer leurs pertes et, au-delà, de s'apprécier jusqu'à des records de valorisation en début d'année. Un constat qui suggère qu'à mesure que les périls se multiplient en ce début de siècle, les marchés font preuve de toujours plus de résilience. Causes et conséquences des évènements, ampleur des chutes et des rebonds… Petite rétrospective thématique des crises qui ont jalonné ce début de millénaire.
Les crises géopolitiques
La première décennie du XXIème siècle s'est ouverte avec deux événements géopolitiques d'importance. Tout d'abord les attentats du 11 septembre (2001), puis, dans leur sillage, la guerre en Irak (2003). Dans le premier cas, l'effet de surprise s'est traduit par une chute brutale des indices boursiers. En à peine six jours le S&P 500 avait cédé 11 % tandis que le Nasdaq - déjà fragilisé l'année précédente par la l'éclatement de la bulle internet - dégringolait de 16 %. Largement alimenté par la mise en place de mesures monétaires accommodantes qui ont été conjuguées avec une politique budgétaire plus expansionniste aux États-Unis, le rebond des indices américains fût rapide. Néanmoins, ils ne retrouvèrent durablement leur niveau pré-11 septembre que sept ans plus tard. Voire plus.
Dans le second cas, le déclenchement de la guerre en Irak au printemps 2003 n'a pas eu d'effets négatifs sur les marchés américains. Bien au contraire. Cette année-là, le S&P 500 s'est même apprécié de 26 %, l'une des meilleures performances annuelles de son histoire ! Après trois années de baisse, celle-ci s'explique alors tant par l'amélioration des perspectives économiques américaines qu'à un regain de confiance des investisseurs. Il est d'ailleurs intéressant de noter qu'un peu plus de dix ans avant, la guerre du Golfe avait aussi été un facteur d'appréciation. Si l'invasion du Koweït par l'Irak avait pesé sur les marchés en raison de la flambée des prix du pétrole - qui avaient doublé à 40 dollars le baril (automne 1990) -, l'intervention de la coalition internationale avait alimenté un rebond des indices boursiers. Garante de la sécurisation des sources d'approvisionnement en pétrole, l'opération militaire avait alors rassuré les investisseurs.
Ce contexte est très éloigné de celui qui a prévalu dans la guerre en Ukraine (2022). Pourtant, là encore, le conflit géopolitique couve une crise énergétique d'envergure. Les sanctions internationales contre la Russie, important exportateur d'hydrocarbures, ont fait flamber les cours du pétrole d'un peu moins de 90 dollars à plus de 120 dollars le baril (Brent) entre janvier et juin de cette année-là. Une fois encore, le risque inflationniste et ses conséquences sur la croissance n'ont pas manqué d'impacter les marchés. En Europe, aux premières loges du conflit, la forte dépendance au gaz russe s'est particulièrement fait sentir sur l'Euro Stoxx 50 (-12 % en 2022). La maîtrise de l'inflation et les anticipations d'assouplissement monétaire ont été par la suite les principaux moteurs du rebond permettant à l'indice de retrouver son niveau pré-guerre en Ukraine un peu plus d'un an après son déclenchement.
Les crises financières
Les crises financières ne sont pas en reste. Et, leur incidence sur les marchés se révèle plus dévastatrice que les guerres. L'éclatement de la bulle internet au printemps 2000 en est un bon exemple. Porté par un vent spéculatif sur les valeurs technologiques et de l'internet, le Nasdaq culmine début mars de cette année-là juste au-dessus des 5 000 points. La prise de conscience de cette "exubérance irrationnelle" est violente et le krach boursier qui s'ensuit, d'ampleur. Entre 2000 et 2002, l'indice s'effondre de 78 % ! La crise de confiance est d'autant plus durable qu'elle sera accentuée en 2002 par les scandales comptables et financiers d'Enron et de WorldCom qui pousseront les indices américains à des points bas en octobre de cette même année. Cet épisode est surtout remarquable par sa longévité. Le Nasdaq ne retrouvera ses 5 000 points que quinze ans plus tard et le S&P 500 ses plus hauts d'avant krach (autour de 1 500 points) qu'au printemps 2007… Quelques mois seulement avant les prémices de la crise des subprimes.
Au début de l'année 2007, alors que la Réserve fédérale (Fed) a commencé à remonter ses taux directeurs depuis deux ans, de nombreux ménages américains ne parviennent plus à rembourser leurs emprunts immobiliers à risque (subprimes). Rapidement, l'explosion des taux de défaut va conduire à la faillite d'organismes de crédit et, à leur suite, à une crise de liquidité caractérisée par une défiance des banques à se prêter de l'argent entre elles. Sur les marchés, le phénomène est de taille. Entre 2007 et 2009, le S&P 500 perd au total 50 % de sa valeur. Par effet de contagion, les subprimes ont débouché sur une défaillance généralisée du système financier mondial, contraignant banques centrales et gouvernements à intervenir massivement pour éviter son effondrement. Après avoir touché un point bas en mars 2009, le S&P 500 ne retrouva son niveau pré-crise que quatre ans plus tard. Le redressement sera plus laborieux en Europe où la crise de la dette (2010-2012) ne manquera pas d'entraver le rebond.
La crise sanitaire
Dans ce panorama des événements qui ont traumatisé les marchés depuis plus de vingt ans, la crise sanitaire (2020) fait figure d'exception. De par sa nature, sa dimension et ses conséquences, elle est sans précédent. Contraignant de nombreux pays à fermer leurs frontières et les déplacements, la pandémie mondiale de Covid 19 a, en effet, considérablement réduit l'activité économique planétaire faisant mécaniquement chuter les marchés. Aux États-Unis, le S&P 500 s'effondre de 35 % sur un mois entre février et mars. En Europe, l'Euro Stoxx 50 de 38 %. Mais, le rebond sera aussi spectaculaire que la chute fût vertigineuse. Une nouvelle fois, à la faveur de mesures gouvernementales et monétaires massives et surtout de la découverte d'un vaccin à l'automne 2020, les indices boursiers ne mettront que quelques mois à effacer leurs pertes.
Les enseignements
Les cycles de crises qui jalonnent ce début de siècle tendent à se resserrer. Du reste, comme c'est le cas aujourd'hui au Moyen-Orient, leurs effets sur les marchés se dissipent plus rapidement. Depuis le début de la décennie en cours, leur intensification n'a pas entravé l'élan haussier des indices qui culminaient encore en février à des pics de valorisation. Un phénomène qui s'explique par l'expérience acquise des instances politiques et monétaires qui agissent, chaque fois, avec davantage de coordination et de célérité propres à rassurer les investisseurs. Néanmoins, les solutions proposées tenant souvent à l'injection massive de liquidités, la stratégie du "quoi qu'il en coûte" se traduit parallèlement par un accroissement constant de la dette des pays. Dans ce contexte, il est intéressant de s’interroger sur les moyens apportés à une hypothétique nouvelle crise de la dette. L’endettement ne pourrait alors pas être à la fois le poison et le remède. En tout état de cause, même si elles ne se ressemblent jamais vraiment, les crises se suivent à intervalles rapprochés. En d'autres termes, il y en a toujours eu et il y en aura encore. Un constat qui, en matière d’investissement, souligne la nécessité de ne pas surréagir aux fluctuations de marchés durant ces périodes. Il est, en effet, important d’éviter les biais comportementaux qui conduisent le plus souvent à prendre des mauvaises décisions aux mauvais moments. Des épisodes comme celui de l’an dernier concomitant à l’entrée en vigueur des droits de douanes américains est un parfait exemple de ce genre de situations où un à-pic indiciel peut être l’amorce d’un rebond plus spectaculaire encore. Il convient donc de pas déroger à la règle d’or sur les marchés : rester investi sur le long terme. Et, au-delà, le faire progressivement afin de mieux amortir les à-coups.
Ce qu'il faut savoir avant d'investir :
Tout investissement présente un risque de perte partielle ou totale en capital.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Restez informé
Nous décryptons pour vous l’actualité économique et financière et vous donnons des conseils d’investissement pour votre épargne. Abonnez vous à notre newsletter.