La dépréciation du dollar et, plus généralement, les fluctuations sur le marché des changes ne sont pas sans conséquences sur les performances d'un actif. Pour s'en prémunir, le recours à un fonds hedgé est une solution pertinente de couverture à court terme.
SOMMAIRE
S'il est un phénomène qui peut difficilement passer inaperçu depuis un an sur les marchés financiers, c'est bien la dépréciation du dollar. L'instauration de droits de douanes et plus généralement les risques inhérents à la politique de Donald Trump sur l'économie américaine ont, en effet, incité les investisseurs à se détourner des actifs américains au premier rang desquels, le billet vert. L'an dernier, celui-ci a ainsi reculé environ de 10 % face à un panier de devises majeures - yen, euro, livre sterling en tête. Face à la devise européenne, son recul a tutoyé les 13 %. Un effet de change qui est loin d'être négligeable en termes de performance. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer celles du S&P 500 et d'un ETF1 répliquant l'indice phare américain sur cette même période. Alors que le premier s'est apprécié d'un peu plus de 16 %, le second n'enregistre parallèlement qu'une légère hausse de 3,45 %.
Impact sur les placements
Un constat qui implique mécaniquement des incidences sur les placements financiers. Suivant sa nature, un investissement peut en effet être exposé ou non à un risque de change. Celui-ci se caractérise par l'impact de la variation d'une devise vis-à-vis d'une autre sur la valeur d'un portefeuille. Logiquement, il ne concerne que les investisseurs détenant des actifs libellés dans une monnaie différente de celle de leur pays de résidence. En outre, les fluctuations d'une monnaie ne se traduisent pas irrémédiablement par un effet négatif. À l'opposé, le risque de change peut en effet amplifier aussi les gains. Explication par l'exemple : un investisseur français achète un actif en dollar qui va s'apprécier de 100 sur une période donnée. Si la devise américaine en perd concomitamment 50 face à l'euro, une fois la conversion faite, le gain initial s'en trouvera divisé par deux (50). Voire totalement annihilé si la dépréciation de la monnaie est égale à l'appréciation de l'actif considéré. Inversement, la même performance s'en trouvera augmentée si le dollar s'apprécie face à la devise européenne. De fait, quel que soit le soin apporté à la sélection de valeur, le risque de change est donc à prendre en compte à partir du moment où un investissement porte sur des marchés étrangers (hors zone euro pour un investisseur français).
Le recours à un fonds hedgé
Il existe néanmoins des solutions pour s'en prémunir. Diversifier son portefeuille sur plusieurs zones géographiques en est une, par exemple. Mais il en est une plus spécifique encore : les fonds hedgés. Il s'agit d'un fonds classique (ou d'un ETF) utilisant des techniques de couverture (hedging) pour réduire les risques de marchés en général. Mais, le plus souvent, il est précisément utilisé contre ceux liés aux effets de change. Si son appellation n'est pas très éloignée de celle d'un "hedge fund" - fonds reposant sur des stratégies risquées afin de générer des rendements élevés quelle que soit l'orientation du marché -, il convient toutefois de les différencier. Pour ce faire, un "H" est usuellement ajouté dans la dénomination d'un fonds hedgé. Par ailleurs, ce dernier se distingue aussi par un coût de couverture. Outre l'écart de taux d'intérêt entre deux monnaies considérées, celui-ci est aussi déterminé par les frais de gestion liés aux stratégies mises en place pour limiter le risque de change. Enfin, la volatilité de la paire concernée peut aussi avoir un impact sur le coût. Par exemple, sur un taux euro-dollar, il serait aujourd'hui d'environ 2 %. Mais il peut parfois être supérieur à 10 % pour d'autres paires. Ces frais s'avèrent cependant souvent un moindre mal durant les phases de fluctuation. Preuve en est, l'écart de rendement sur une période comme l'an dernier : alors qu'un ETF classique1 (précédemment cité et répliquant le S&P 500) va voir sa performance limitée (3,45 %), celle de sa version hedgée2 sera de près de 15 %... Soit une performance proche de celle de l’indice en dollar - la différence étant principalement le coût de la couverture.
Devises stables et volatiles
Toutefois, si cette solution est adaptée au contexte actuel, elle ne saurait l'être sur le long terme. Ainsi, sur l'exemple précédent, l'ETF classique affiche une performance cumulée de 101 % sur les cinq dernières années alors que celle de sa version hedgée n'est que de 77 % sur la même période. Cet écart souligne l'intérêt, tout occasionnel, du recours à un fonds hedgé. Malgré son affaiblissement depuis un an, le dollar n'en demeure pas moins une devise stable. Tout comme l'euro. À quelques rares exceptions, la paire euro-dollar évolue historiquement entre 1 et 1,40 dollar pour un euro, ce qui ne constitue pas une variation conséquente sur le long terme. L'utilité d'une couverture contre le risque de change se révèle, en revanche, plus pertinente dans le cadre d'une exposition constante aux devises d'économies moins robustes et donc plus volatiles. Davantage exposées à des contingences économiques, monétaires, politiques ou géopolitiques, celles-ci peuvent alors voir leur monnaie fluctuer fortement. Ces dernières années, le cas du peso argentin ou encore de la livre turque en sont de bons exemples.
Indépendamment de la performance d'un actif, le risque de change est donc à prendre en compte lorsque l'investissement est exposé à une monnaie autre que celle de son pays de résidence. Pour ce faire, il convient d'identifier la - ou les - devise dans laquelle sont libellés les actifs concernés et évaluer sa pondération au sein du portefeuille. La couverture doit alors être envisagée en fonction de l'horizon de placement. Selon sa pertinence mais également son coût, il est généralement préférable de retenir cette solution plus sur le court que sur le long terme.
1 Amundi PEA S&P 500 UCITS ETF Acc 2
2 Amundi PEA S&P 500 UCITS ETF EUR H ACC
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