Construire une allocation d’actifs est souvent présenté comme une recherche de la “meilleure” combinaison possible : celle qui offrira la performance la plus élevée, ou la trajectoire la plus régulière. Pourtant, cette approche oublie souvent la question la plus importante : quel est l’objectif poursuivi ?
SOMMAIRE
Une allocation n’est pas bonne ou mauvaise dans l’absolu. Elle est pertinente si elle répond à un besoin précis, dans un cadre donné, avec un niveau de risque acceptable. Avant même de parler d’actions, d’obligations, de fonds diversifiés, de produits structurés ou de liquidités, il faut donc revenir à la base : pourquoi investit-on ?
Partir de l’objectif
Le premier réflexe consiste souvent à chercher le support le plus performant. C’est compréhensible, mais incomplet : un investissement n’a de sens que s’il est rattaché à un objectif clair, qu’il s’agisse de préparer sa retraite, financer un projet, générer des revenus, transmettre un capital ou valoriser une épargne à long terme.
Une même personne peut avoir plusieurs objectifs, et donc plusieurs allocations. Une épargne de précaution, un projet à moyen terme et une préparation de retraite n’impliquent pas le même horizon, le même niveau de risque ni les mêmes contraintes.
L’objectif d’épargne détermine notamment l’horizon de placement. Plus l’horizon est court, plus il est difficile d’accepter de la volatilité, car le portefeuille dispose de moins de temps pour absorber une baisse de marché. À l’inverse, un horizon long permet généralement de prendre davantage de risque, à condition de pouvoir le supporter financièrement et psychologiquement.
L’allocation doit aussi intégrer les contraintes qui encadrent l’investissement : besoin de liquidité ou possibilité de bloquer son capital, recherche éventuelle de revenus récurrents, enveloppe d’investissement utilisée et fiscalité associée et capacité réelle à prendre du risque.
Enfin, une allocation doit rester adaptée à la réalité de l’investisseur. Elle ne doit pas obliger à vendre des actifs risqués au mauvais moment pour financer une dépense prévisible. Elle doit être cohérente sur le papier, mais surtout supportable dans les faits.
Diversifier les moteurs de performance et les sources de risque
La diversification est l’un des principes fondamentaux d’une bonne allocation. Mais elle est souvent mal comprise. Diversifier ne signifie pas seulement détenir plusieurs lignes en portefeuille. Il faut surtout diversifier les moteurs de performance et les sources de risque.
Un investisseur peut avoir l’impression d’être diversifié parce qu’il détient plusieurs fonds actions. Pourtant, si ces fonds sont tous exposés aux mêmes grandes capitalisations américaines, aux mêmes secteurs technologiques ou au même style de gestion, la diversification réelle peut être limitée. Le portefeuille peut sembler varié sur le papier, mais rester très dépendant d’un petit nombre de facteurs.
La diversification doit donc être pensée à plusieurs niveaux : classes d’actifs, zones géographiques, secteurs, styles de gestion, devises, maturités obligataires, qualité de crédit, liquidité des supports et sensibilité aux grands facteurs macroéconomiques.
Il faut également garder en tête qu’en phase de stress de marché, certaines corrélations peuvent augmenter. Les actions, quelle que soit leur zone géographique ou leur secteur, peuvent avoir tendance à se recorréler dans les phases de baisse. Cela ne veut pas dire que la diversification actions est inutile. Elle permet de réduire certains risques spécifiques. Mais elle ne suffit pas toujours à protéger contre le risque de marché global. Voilà, encore une preuve que posséder dix fonds actions différents ne garantit pas d’avoir dix risques différents.
Construire autour d’un scénario central
Une allocation doit aussi reposer sur des convictions. Construire un portefeuille, ce n’est pas simplement additionner des produits. C’est exprimer une vision cohérente de l’environnement économique et financier.
Cette vision peut porter sur la croissance, l’inflation, l’évolution des taux d’intérêt, les politiques monétaires, les bénéfices des entreprises, la valorisation des marchés ou encore les risques géopolitiques. Par exemple, une allocation construite autour d’un scénario de baisse des taux ne sera pas identique à une allocation construite autour d’un scénario d’inflation persistante. De même, le scénario d’un environnement de croissance robuste ne favorise pas nécessairement les mêmes actifs que le scénario d’un environnement de ralentissement économique.
Le scénario central permet donc de structurer les choix d’investissement. Il aide à décider quelles classes d’actifs privilégier, quelles zones géographiques surpondérer, quels risques accepter et quels risques réduire.
Mais ce scénario doit rester un outil de construction, pas une certitude. Les marchés peuvent évoluer différemment des anticipations initiales. Une allocation ne doit donc pas dépendre uniquement d’une seule lecture de l’environnement économique.
Prévoir que le scénario puisse être faux
Une bonne allocation ne doit pas seulement fonctionner si le scénario central se réalise. Elle doit aussi être capable de résister si ce scénario est faux.
C’est un point essentiel. Les meilleurs allocataires ne cherchent pas à construire un portefeuille qui dépend d’une seule hypothèse. Ils envisagent aussi les scénarios adverses : inflation plus persistante que prévu, récession, remontée des taux, choc géopolitique, crise de liquidité ou appréciation forte d’une devise.
Cette approche ne consiste pas à renoncer aux convictions. Elle consiste à reconnaître que personne n’a toujours raison. Une allocation robuste doit intégrer plusieurs moteurs de performance, capables de réagir différemment selon les environnements de marché.
Cela peut passer par une combinaison d’actifs de croissance, d’actifs de rendement, de supports défensifs, de liquidités, d’obligations de différentes maturités, d’actifs réels ou encore de stratégies moins directionnelles. L’idée n’est pas de tout posséder, ni de multiplier les lignes inutilement. L’idée est que chaque brique ait une fonction claire dans le portefeuille.
Construire une allocation capable de tenir dans le temps
Une allocation construite à l’instant T doit pouvoir tenir dans le temps. Cela ne signifie pas qu’elle ne doit jamais être revue. Cela signifie qu’elle ne doit pas dépendre d’interventions tactiques permanentes pour fonctionner.
Une bonne allocation doit pouvoir traverser plusieurs années, voire dix ans, sans que sa cohérence repose sur une succession d’arbitrages de court terme. Elle ne sera probablement pas optimale à chaque période. Elle connaîtra des phases de retard, des moments de volatilité, des environnements moins favorables. Mais elle doit rester alignée avec l’objectif initial, suffisamment diversifiée et suffisamment robuste pour faire son chemin.
La discipline est importante, car une allocation trop dépendante du court terme peut pousser l’investisseur à réagir à chaque mouvement de marché. Or les décisions prises dans l’urgence sont rarement les meilleures. Elles traduisent souvent davantage l’inconfort émotionnel que l’analyse rationnelle.
Rester simple et compréhensible
Une bonne allocation doit aussi rester compréhensible. Ce point peut paraître évident, mais il est fondamental.
Un investisseur doit comprendre les produits dans lesquels il investit : leur fonctionnement, leurs risques, leur horizon recommandé, leurs frais, leur liquidité, les conditions dans lesquelles ils peuvent perdre de la valeur et le rôle qu’ils jouent dans le portefeuille.
Si l’on ne comprend pas un produit, il vaut mieux ne pas investir. Non pas parce que tout produit complexe est nécessairement mauvais, mais parce qu’un produit mal compris devient très difficile à conserver en période de stress. En cas de baisse ou d’événement de marché, l’investisseur ne saura pas s’il doit conserver, renforcer, alléger ou sortir. La complexité peut alors devenir un facteur de mauvaises décisions.
La simplicité n’est pas une absence de sophistication. Une allocation simple peut être très bien construite si chaque brique répond à un objectif précis. À l’inverse, une allocation très complexe peut être fragile si elle empile des produits sans logique claire.
Conclusion
Construire une bonne allocation ne consiste pas à chercher une combinaison parfaite. Celle-ci n’existe qu’a posteriori, une fois les marchés connus. L’essentiel est plutôt de bâtir une allocation cohérente avec ses objectifs, ses contraintes et son niveau de risque acceptable.
Il faut aussi garder en tête qu’une allocation est personnelle. Une solution adaptée à un investisseur ne l’est pas forcément pour un autre, même avec un capital ou un horizon similaire. Copier l’allocation d’un voisin, d’un collègue ou d’un investisseur célèbre peut donc conduire à un portefeuille mal adapté à sa propre situation.
Lorsqu’on ne sait pas construire ou suivre seul son allocation, il peut être utile de se faire accompagner : conseiller financier, conseiller en gestion de patrimoine, société de gestion ou robo-advisor qui proposera une allocation personnalisée. Ces solutions peuvent aider à formaliser les objectifs, évaluer le profil de risque et mettre en place un suivi dans le temps.
Au fond, une bonne allocation est celle qui permet à l’investisseur de rester investi, de traverser les cycles de marché et de poursuivre ses objectifs avec discipline.
Ce qu'il faut savoir avant d'investir :
Tout investissement présente un risque de perte partielle ou totale en capital.
Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
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